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Patrick Pelloux, nouvel adepte du « Travailler plus pour gagner plus »
lundi 1er décembre 2008

Chef d’orchestre de la grève, le président de l’AMUF presse les pouvoirs publics d’ouvrir des négociations sur le double thème du temps de travail et de la permanence des soins. Après, il sera trop tard, met-il en garde en constatant une « radicalisation » des revendications des médecins hospitaliers.

LE QUOTIDIEN - La grève des urgentistes commence aujourd’hui. À peine lancé, le mot d’ordre de l’AMUF - initialement grève générale sans réponse aux assignations - a fait des vagues. Avez-vous des regrets ?

DR PATRICK PELLOUX - Non, je n’ai pas de regrets. Ou plutôt j’en ai un seul : qu’on en soit arrivé là. Il y a 18 mois, nous avons créé la Fédération de la permanence des soins hospitalière [FPSH] avec les anesthésistes-réanimateurs et les médecins de la CGT. Il s’agissait d’une évolution nécessaire pour faire comprendre les ressorts de la PDS hospitalière et la problématique sociale qu’elle induit pour les médecins (travail de nuit, travail en temps continu)… Et puis on nous a laissé tomber.

Vous avez eu, pourtant, plusieurs rendez-vous au ministère de la Santé ?

Nous avons fait grève en janvier 2008 et jamais nous n’avons été traités comme alors puisque c’est… la police qui nous a accueillis ! Après quoi il y a eu jusqu’en juillet trois réunions au ministère de la Santé, dont une où il nous a été proposé… 14 euros d’augmentation quand on faisait plus de huit gardes par mois. Puis plus rien. J’ai écrit à François Fillon, j’ai écrit à plusieurs reprises à Roselyne Bachelot qui ne m’a jamais répondu. Alors peut-être qu’ils ne reçoivent plus le courrier au ministère, peut-être qu’ils ont du mal à ouvrir les enveloppes…

Dernier épisode en date : la lettre de la DHOS [direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins, au ministère de la Santé, NDLR] visant à nous empêcher de faire grève. C’est de l’antisyndicalisme ! Le sentiment général est qu’il y a un mépris total des médecins hospitaliers. La contestation que l’on ressent actuellement dans la magistrature ou l’Éducation nationale vaut aussi pour les syndicats hospitaliers.

Avez-vous le sentiment de mener une insurrection ?

Pas du tout. Nous n’abandonnerons pas nos postes, ni évidemment nos malades. Nous travaillerons réquisitionnés s’il le faut.

Mais un cap a été franchi avec la diminution de nos retraites (la réforme du régime IRCANTEC correspond, c’est mathématique, à une baisse de nos pensions de 30 %). C’est scandaleux ! Cela s’ajoute au fait que, en nous payant en demi-journées plutôt qu’au tarif horaire, les hôpitaux économisent 26 % de salaire sur notre dos - et ce n’est pas moi qui fais ce calcul mais la MEAH [mission nationale d’expertise et d’audit hospitaliers, NDLR]. En gros, on dit aux médecins : « Venez travailler à l’hôpital, vous être sûrs de perdre un quart de salaire et un tiers de retraite ! ». C’est politiquement incohérent.

Malgré tout cela, nous sommes prêts à nous mettre autour d’une table, avec les médecins libéraux dont nous comprenons que dans certaines zones, on ne pourra pas leur demander d’être de garde tous seuls et tous les soirs. Il faut rénover le système. Mais pour que ça marche, on a besoin de moyens. Il ne faut plus qu’on passe quatre ou cinq heures à trouver une place en réanimation pour un patient, les réseaux (centres de santé, régulation…) doivent fonctionner en amont de l’hôpital. Je sais bien que notre pays entre en crise, que les choses vont être difficiles mais précisément, qui dans ce contexte va garantir l’accès aux soins si ce n’est pas l’hôpital public ?

Ne craignez-vous pas de prendre juridiquement des risques avec ce mouvement et surtout d’en faire prendre aux médecins grévistes ?

Nous prenons à la lettre le discours du président de la République : « Travailler plus pour gagner plus ». Nous disons qu’un chirurgien qui travaille 80 heures par semaine doit être payé en conséquence. La DHOS nous rétroque que nous sommes assujettis aux 48 heures hebdomadaires. Nous lui répondons : « D’accord mais combien d’heures devons-nous travailler au minimum ? » Pour nous, c’est 39 heures au-delà desquelles il faut nous payer en heures supplémentaires.

Quant aux risques juridiques, ils n’existent plus à partir du moment où nous acceptons les réquisitions. Sur ce point, il y a eu un débat entre nous et nous soutiendrons les services où les assignations ont été refusées.

Comment les choses se présentent-elles sur le terrain ?

Les urgentistes ont commencé à envoyé des lettres pour annoncer qu’ils cessaient de travailler mais la note de la DHOS (voir ci-dessus) a fait très peur. Beaucoup de chefs de service et de chefs de pôle influencent les médecins, les dissuadent de faire grève. Personnellement, j’ai du mal à comprendre le mélange des genres. Pourquoi, par exemple, la SFMU [Société française de médecine d’urgence] prend-elle position contre la grève ? Que je sache, ce n’est pas la société savante qui a obtenu des créations de postes…

Attention. Le climat social s’est dégradé, les revendications se radicalisent. Il faut que nous ayons un dialogue avec le ministère. Je sais bien que Roselyne Bachelot est une néolibérale et qu’elle prône l’hôpital-entreprise. Je ne suis pas d’accord avec elle mais ce n’est pas pour autant qu’il faut se lancer des invectives. Discutons !

La question du temps de travail est-elle en passe de créer un fossé à l’hôpital entre ceux qui comptent leur temps et ceux qui ne le comptent pas ?

Elle crée surtout un fossé générationnel. Notre message est que payer les médecins en demi-journées est un piège et qu’il faut en sortir si l’hôpital veut rester dans la course face au privé lucratif. Aujourd’hui, quand un médecin travaille 48 heures d’affilée au SAMU, il fait 8 demi-journées. Cela signifie qu’il en doit encore deux. Quel mensonge ! Ce décompte est caduc ! La solution, c’est la transparence. Ce que vaut le temps de travail n’est pas tabou.

D’où vient cette revendication finalement assez récente sur le temps de travail ? Les choses ont somme toute longtemps fonctionné avec les gardes, les astreintes…

À l’AMUF en tout cas, nous avons toujours posé le problème dans les mêmes termes, y compris en 2000 quand est arrivée la RTT. Ce sont les « anciens » qui sont arc-boutés sur les demi-journées parce que le système permet les petits arrangements entre amis. Mais précisément, les petits arrangements entre amis, ce n’est pas la justice, ce n’est pas l’équité, ce n’est pas l’égalité !

› PROPOS RECUEILLIS PAR K.P.

Le Quotidien du Médecin du : 01/12/2008



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