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Interview du Président de la CHG au Quotidien du Médecin
mercredi 31 juillet 2002
Le Dr Pierre Faraggi au gouvernement : " Il ne faut pas barguigner !"

Alors que reprennent les discussions entre syndicats et pouvoirs publics sur la réduction du temps de travail (RTT) des médecins hospitaliers, le Dr Pierre Faraggi, Président de la Confédération des Hôpitaux Généraux (CHG), affirme qu’il sera intransigeant sur la question des moyens alloués à l’opération.

LE QUOTIDIEN :
Pour la première fois, depuis deux mois et après quelques frayeurs, vous allez remettre sur la table aujourd’hui la question de la réduction du temps de travail (RTT) des médecins hospitaliers. Quelles sont vos inquiétudes à ce sujet et qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?

PIERRE FARAGGI :
Depuis quelques semaines, beaucoup de choses ont été dites sur cette RTT, parfois contradictoires. Jusqu’à ce que le ministre nous affirme que les engagements de l’Etat seraient tenus, nous étions très mobilisés. Lorsque nous l’avons rencontré, Jean-François Mattei s’est montré ferme à la fois sur l’application de la RTT au 1er janvier 2002 et sur la mise en œuvre le 1er janvier 2003 de la réglementation européenne (48 heures hebdomadaires, garde comprise). Pour la RTT, les médecins qui ont droit à 20 jours par an pourront les prendre en compte épargne-temps ou bien, dans certaines circonstances - et, nous le souhaitons, sur la base du volontariat - être payés. Le montant des enveloppes qui vont financer ce dispositif va être l’objet de notre discussion, qui s’annonce rude, avec les pouvoirs publics.

Etes-vous d’accord avec ceux qui disent que l’intégration de la garde dans le temps de travail, que vous allez également aborder aujourd’hui, ne pourra pas se régler sans une restructuration des plateaux techniques ?

C’est une évidence. Si, à la CHG, notre souci est de défendre les praticiens et l’exercice médical à l’hôpital, il est aussi de suivre l’évolution du parc hospitalier. Et, là, nous sommes à la veille d’un travail approfondi de réévaluation de ce qui, dans nos plateaux techniques et nos plateaux de garde, notamment, est pertinent, de ce qui ne l’est plus, de ce qui doit évoluer... Pour autant que nous puissions l’accompagner, la discuter, nous serons tout à fait partie prenante dans cette restructuration. Cela étant, et même si le gouvernement a aujourd’hui un peu de temps devant lui, on parle de la restructuration depuis longtemps. Les agences régionales de l’hospitalisation (ARH) ont été mises en place en 1996 pour la mener à bien. Quels sont leurs résultats ? Les réorganisations nécessaires ne vont pas se réaliser du jour au lendemain. En attendant, il va donc falloir payer le temps additionnel aux praticiens volontaires pour « boucher les trous ».

Cette pratique va coûter cher !

Nous considérons que la RTT et l’intégration de la garde dans le temps de travail nécessiteraient la mise à disposition d’un nombre considérable de nouveaux postes (10 % des effectifs actuels pour la première, 30 % pour la seconde). Les candidats n’existant pas, la rémunération du temps additionnel sera souvent la seule solution. Et, encore une fois, cette question des moyens dégagés, de leur montant et de leur distribution sera l’élément déterminant qui nous amènera à négocier avec les pouvoirs publics ou bien à adopter des positions très dures.

En tout état de cause, rien ne sera possible à moyen terme si des solutions ne sont pas trouvées vite en matière de démographie médicale. Que préconise la CHG ?

C’est un dossier sur lequel il ne faut pas barguigner. Nous aimerions que les engagements pris par Bernard Kouchner pour le desserrement du numerus clausus et les filières de formation de spécialistes se concrétisent. Les choses sont différentes selon les spécialités. Toutes ne sont pas en difficulté. Pour celles qui le sont, le desserrement du numerus clausus est essentiel. L’augmentation du nombre d’internes aussi. Il y a ensuite le problème de la répartition géographique des médecins, de leur distribution entre les secteurs public et libéral. Nous ne sommes pas, à la CHG, partisans de la coercition. Nous sommes pour des incitations fortes qui feraient que les médecins s’installeraient plutôt dans certains endroits que dans d’autres, et que des postes hospitaliers difficiles seraient valorisés.

Comment faire revenir ou même retenir les médecins à l’hôpital public ?

Un moyen me paraît essentiel et pas forcément trop coûteux. Il concerne la place du médecin à l’hôpital. Nous disons et redisons depuis des années que l’espace d’initiative du médecin hospitalier n’est plus à la mesure des responsabilités qui sont les siennes. Je prends un exemple récent. En avril, nous avons découvert dans un décret (contre lequel nous avons depuis déposé un recours devant le Conseil d’Etat) que la direction du service de soins infirmiers prenait brusquement le nom de « direction des soins ». Cela est arrivé sans aucune consultation du corps médical. L’histoire est révélatrice de la mise à l’écart du médecin hospitalier dans le fonctionnement de l’hôpital et dans la prise de responsabilité. Or cet éloignement des manettes est tout à fait dommageable quand il s’agit d’attirer les jeunes médecins vers l’institution.

Les personnels de l’hôpital sont, eux, effectivement passés aux 35 heures. Quels en sont les effets sur la machine hospitalière ?

Nous manquons de recul pour juger. D’une manière générale, on considère que les postes qui doivent se créer en trois ans ne sont pas en nombre suffisant. On a, par ailleurs, les plus grandes difficultés à recruter pour les postes déjà créés. De surcroît, la mise en œuvre de la RTT a entraîné une organisation du temps de travail beaucoup plus serrée et beaucoup plus rigide qu’auparavant. Ce passage des personnels aux 35 heures, que nous avons souhaité à la CHG, n’a pas débouché, pour le moment, sur une situation harmonieuse.

Propos recueillis par Karine PIGANEAU



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