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Le Quotidien du Médecin : interview de P. Faraggi
dimanche 27 mars 2005

Le président de la Confédération des hôpitaux généraux (CHG) n’en démord pas. Reprochant au gouvernement de vouloir remettre en cause l’indépendance professionnelles des médecins hospitaliers, il ne signera pas demain d’accord statutaire avec les pouvoirs publics.

LE QUOTIDIEN - Vous persistez et ne signerez pas, demain, les dernières propositions statutaires du ministère. Pourquoi cette intransigeance de la CHG ?
Dr PIERRE FARAGGI - Nous ne sommes pas « intransigeants ». Nous souhaitons parvenir à un accord qui soit satisfaisant pour les praticiens hospitaliers (PH), qui permette des avancées réelles et non hypothétiques et surtout qui respecte les fondements de l’indépendance professionnelle des médecins hospitaliers. Ces médecins ont une place tout à fait à part et c’est leur statut qui la leur confère : ils ne sont pas fonctionnaires, ils ne sont pas libéraux. Cette situation a été voulue par le législateur, notamment dans le cadre de la réforme Debré, en 1958, à un moment où l’on investissait dans l’hôpital public et où l’on y attirait les médecins. Il s’agissait de recruter les meilleurs et de leur accorder une certaine liberté afin que leurs initiatives puissent contribuer au pilotage de l’établissement. Aujourd’hui, on s’emploie au contraire à ligoter le médecin hospitalier en revenant sur les modalités de son recrutement et de son affectation. Pour nous, c’est inacceptable.

Cette question constitue en ce qui vous concerne le principal point de blocage de ces négociations ?

Indéniablement. Car nous sommes, en matière d’indépendance professionnelle, dans une vraie bascule. On va changer d’hôpital. Je pense que, alors que se profilent des mutations importantes - ne serait-ce qu’en matière de démographie médicale -, on est en train de détériorer le métier de médecin hospitalier. Un métier qui implique investissement de service public, travail en équipe, et qui intègre une dimension entrepreneuriale (on ne gère pas « seulement » le colloque singulier mais aussi une équipe, parfois un service) : tout cela est excitant. Que l’on subordonne l’inventivité qui est la nôtre à une hiérarchie ne va pas dans le bon sens.

On vous reproche de ne pas vouloir accompagner la modernisation de l’hôpital. Que répondez-vous ?

Je pense que les enjeux de l’hôpital ne sont absolument pas là. La modernisation de l’hôpital, c’est du côté de la réorganisation planificatrice qu’elle va se faire. Or ce n’est pas avec les médecins que cette question bloque. Et ce n’est pas en assujettissant la compétence médicale à des petits chefs locaux que l’on va faire évoluer les choses. Dire que c’est moderniser l’hôpital que d’y mettre en œuvre des méthodes de management qui ont fait ailleurs la preuve de leur inefficacité, que d’y enchaîner l’initiative médicale est un non-sens.
Le plan Hôpital 2007 comporte un certain nombre de dispositions auxquelles nous avons été favorables (elles ont à voir avec la planification ou l’investissement hospitalier). Mais dès le départ, nous avons compris que son chapitre de réorganisation interne des établissements [la réforme de la « gouvernance », ndlr] portait en germe de grandes difficultés. De ce point de vue-là, nous disons et nous continuerons de dire que, non, on ne va pas dans la bonne direction, que ce n’est pas ainsi que l’on va pouvoir recruter des jeunes médecins ou soutenir les pôles d’excellence que l’hôpital se doit d’offrir à la population.

Vous avez organisé jeudi dernier une journée d’action dans les hôpitaux, fait circuler depuis plusieurs semaines une pétition parmi les médecins hospitaliers. Combien avez-vous recueilli de signatures ?

Nous en étions jeudi soir à 4 700 signatures mais n’avions pas alors comptabilisé celles, nombreuses, recueillies lors de notre journée de mobilisation qui a été l’occasion pour nous de mesurer le défaut d’information des praticiens ainsi que leur attachement à tout ce qui fonde leur indépendance. Mon sentiment est que le mouvement est destiné à s’amplifier. Nous allons d’ailleurs tenir des réunions régionales en Bretagne la semaine prochaine, puis à Lyon...

Demain, il semble que deux syndicats sur quatre vont signer le protocole d’accord statutaire. Quel est le poids de chacun des camps, pro- et des anti-accords ?

D’après les chiffres des élections de 1998, les « anti » représentent plus de 70 % des praticiens hospitaliers, les « pro » entre 25 et 30 %. Ce sera donc vraiment un accord très minoritaire avec grosso modo un quart de signataires et trois quarts de non-signataires.

Dans l’idéal, que souhaiteriez-vous ? Une reprise des négociations ?
Le moins que l’on puisse dire est que ces négociations tombaient mal. Un certain nombre d’éléments se sont télescopés. Il y a sur le fond le fait que l’on touche aux bases du statut (si cela devait changer, nous pourrions évidemment modifier notre position). Il y a sur la forme la volonté affichée depuis janvier par les pouvoirs publics d’aboutir vite. Or la précipitation ne convient pas à un sujet si important. Il y a le fait que nous sommes en période préélectorale [les syndicats de praticiens hospitaliers vont mesurer leur audience en juin, ndlr]. Et, puis, dernière chose, nous sommes victimes d’une entourloupe. Car nous avons signé le 2 septembre dernier un accord sur les chirurgiens qui prévoyait des avancées en matière d’astreinte et de part variable du salaire pour l’ensemble des PH. Ces avancées ne sont pas toutes au rendez-vous. Pour les astreintes, par exemple, on va passer en trois ans d’une rémunération de 36,99 euros à 40 euros. De qui se moque-t-on si l’on compare ces chiffres à ceux sur lesquels discutent actuellement les médecins libéraux ? La sujétion d’un hospitalier vaut-elle quatre fois moins que celle d’un médecin de ville ? Quant à la part variable, elle fait l’objet d’affichages qui peuvent paraître intéressants mais ils ne sont pas financés ! Il faut quand même que le ministre respecte ses engagements !

PROPOS RECUEILLIS PAR KARINE PIGANEAU

Le ministère veut signer demain matin à 9 h 30
Au terme de près de six mois - il est vrai interrompus - de négociations, le ministère de la Solidarité a donné rendez-vous demain matin à 9 h 30 aux intersyndicats de praticiens hospitaliers (PH) pour signer un protocole d’accord sur la rénovation de leur statut. Sauf modifications de dernière minute, la rencontre devrait être sans surprise, les quatre organisations concernées ayant déjà arrêté leur position par rapport aux ultimes propositions des pouvoirs publics.
Deux sont pour - la CMH (Coordination médicale hospitalière) et le Snam-HP (Syndicat national des médecins des hôpitaux publics) - et deux sont contre - la CHG (Confédération des hôpitaux généraux, dont le président s’explique ci-contre) et l’Inph (Intersyndicat national des praticiens hospitaliers). Si l’on se réfère aux résultats des dernières élections professionnelles, le ministère va prendre le risque de signer un accord minoritaire et de se mettre à dos les deux poids lourds de la représentation des médecins hospitaliers auxquels s’est agrégée, via la constitution avec la CHG d’un « collectif », la médiatique Amuf (Association des médecins urgentistes de France) du Dr Patrick Pelloux.
Ceci ne trouble pas outre mesure le Dr François Aubart, président de la CMH. Il défend « un bon accord, très fonctionnel, qui va apporter en 2005 120 millions d’euros supplémentaires à la médicalisation des hôpitaux ».
> K. P.



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