| Qui sommes-nous ? | Adhésions | Plan du site | Rechercher | Admin |
| Accueil | Actions CPH | Communiqués |
Un plan irréaliste de 850 millions d’économies
vendredi 29 octobre 2004

Communiqué de presse du 29 octobre 2004

Le Ministre de la Santé vient d’annoncer publiquement et par l’intermédiaire d’une lettre envoyée aux directeurs des agences régionales de l’hospitalisation un plan d’économies sur les achats hospitaliers.

Ce plan fixe un objectif de 850 millions d’euros d’économies à l’horizon 2007, dont 150 millions d’euros en 2005 pour les établissements anciennement sous dotation globale de financement. Il avance qu’une meilleure organisation de la fonction achat pourrait permettre d’obtenir 2% d’économies sur les médicaments, 10% sur les dispositifs médicaux et les fournitures hôtelières et générales et 5% sur la majeure partie des prestations de services.
Le secrétaire d’Etat à l’assurance maladie a précisé aux parlementaires lors du débat sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2005 que le gouvernement chiffre à 10% le taux d’économies que les établissements pourraient réaliser sur les consommables et sur les textiles à usage unique, 11% sur les fournitures de bureau, 15% sur des dispositifs médicaux stériles et 20% sur le matériel informatique.

Ces estimations reposent sur une étude menée par la Mission nationale d’expertise et d’audit hospitalier (MeaH) datée du 15 octobre 2003, dont la méthodologie a été sévèrement critiquée en raison de la faiblesse des échantillons et du caractère très parcellaire, voire ponctuel, des produits examinés.

Ces exigences d’économie sont totalement irréalistes sur la quasi-totalité des postes mentionnés car les établissements publics de santé effectuent depuis de nombreuses années des mises en concurrence sur toutes leurs fournitures, en utilisant les procédures d’achat public existantes. Plus grave, ces estimation méconnaissent la situation du marché dans certains secteurs, comme celui des dépenses pharmaceutiques médicaments et dispositifs médicaux), caractérisé :

1) En ce qui concerne les médicaments,
par l’existence de 2 secteurs très contrastés :
- Un secteur où la concurrence est possible entre génériques ou produits similaires (appartenant à une même classe thérapeutique). Dans ce secteur, les prix des médicaments à l’hôpital sont très faibles, voire nuls, et les économies potentielles supplémentaires à peu près nulles.
- Un secteur où la concurrence n’existe pas, les prix étant librement fixés par les laboratoires pharmaceutiques. Dans ce secteur, les coûts des médicaments sont souvent très élevés (médicaments dits "innovants") et les marges de manoeuvre des établissements de santé sont pratiquement nulles en raison de cette situation de monopole.

2) En ce qui concerne les dispositifs médicaux,
on retrouve également les 2 mêmes types de secteur :
- Les dispositifs médicaux courants (compresses, aiguilles, seringues, sondes...) pour lesquels la concurrence est possible. Le problème majeur dans ce secteur n’est pas seulement d’obtenir un prix performant, mais de porter attention à la qualité des produits proposés qui a tendance à se dégrader tant les prix obtenus pas les établissements de santé ont baissé au fil des années.
- Les dispositifs médicaux spécialisés (implantables ou non), dont les prix sont fixés soit par l’Etat (tarif LPPR), soit par le fournisseur en raison de ses brevets et de la situation de monopole qui en résulte.

Depuis de nombreuses années, les établissements hospitaliers publics ont tenté de maintenir contre vents et marées, notamment les difficultés considérables introduites par le code des marches publics paru en 2001, les groupements d’achats des produits pharmaceutiques. Ces groupements sont aujourd’hui toujours très actifs et montrent que les pharmaciens hospitaliers n’ont pas attendu les injonctions du Ministre de la santé pour optimiser les procédures d’achat public. Plus grave, l’objectif mentionné par le secrétaire d’Etat à l’assurance maladie de 15 % d’économie sur les dispositifs médicaux stériles méconnaît les efforts constants des établissements de santé pour diminuer le risque des infections nosocomiales à travers la généralisation de l’utilisation des dispositifs médicaux stériles à usage unique, ce qui a un coût.

Faut-il pour respecter ces chiffres irréalistes que les hôpitaux reviennent en arrière après plus de trente ans d’évolution vers l’usage unique ? Est-ce que le respect des impératifs budgétaires justifie de faire courir des risques que l’on sait important à nos concitoyens ? Ces discours démagogiques sur les soi-disant gisements d’économies montrent une fois de plus la méconnaissance des bureaucrates ministériels de la réalité du terrain hospitalier.

Le caractère irréaliste de ces réformes que l’on veut imposer sans tenir compte des remarques des professionnels s’avèrera malheureusement très dommageable, quoi que puisse affirmer le Ministre, pour la qualité des soins dispensés aux usagers du service hospitalier public.

Jusqu’où le gouvernement est-il prêt à aller pour détruire le système de santé ?



Suivre la vie du site RSS | Accueil | Plan du site | Admin

Ce site est réalisé grâce au système de publication SPIP 2.1